Avec ce « Cabaret de l’exil », l’âme du Théâtre équestre Zingaro semble renouer avec ses premiers grands spectacles des années 80. Mais le rire macabre se teinte d’une véritable angoisse, au fil d’un époustouflant spectacle

C’est un maître. Un maître écuyer, mais un maître en pensée, un shaman. Bartabas a toujours été à la rencontre de ceux qui savent les secrets du monde, du Tibet au Golgotha, de l’Inde du sud au Mexique, de l’Afrique du Nord aux steppes du Nord. Il a lu. Beaucoup lu. Il a accumulé un savoir profond. Il n’en fait jamais étalage. Il a côtoyé des êtres tournés vers les mystères de l’homme, du monde, de la nature. Il a vu des paysages, il connaît les vibrations du monde. Et tous les chevaux de la terre. Bartabas est un athlète, un cavalier exceptionnel. Un être tramé de spiritualité.

On en a profondément conscience en découvrant ce Cabaret de l’exil. Il renoue avec la troupe après les Entretiens silencieux et Ex Anima. Il renoue avec le « cabaret », lui qui ne voulait plus que sa troupe d’hommes, de femmes et de chevaux se nomme ainsi, mais prenne le nom de « théâtre ». Il revient apparemment en arrière, mais sans faire volte-face. Il avance. Il est devant. Et tellement devant nous qu’on a le sentiment, malgré le rire, les images sublimes, l’imagination colorée, que Bartabas voit quelque chose de très sombre à l’horizon de nos vies.

Oies et cavaliers…Photographie d’ Alfons Alt

On avait deviné, en découvrant les affiches dans les couloirs du métro, un grand lustre, un corbillard et des serviteurs bien stylés et chenus, qu’il serait question de naguère. Ce corbillard, conduit par un beau cheval, transporte des bouteilles aux armes de Zingaro (le fameux sagittaire musicien). Des bouteilles de vin chaud que les privilégiés de l’espace à petites tables pourront déguster avec les biscuits à la cuiller, vieille tradition de la maison, elle aussi.

Lorsque l’on pénètre sous la belle charpente, après être passé par une partie des écuries, un troupeau d’oies nous attend et patiente auprès d’une forge à soufflet. Deux hommes dont l’un frappe un fer…A la fin, les cloches, à toute volée, marqueront les adieux à un monde singulier.

Le maître de Zingaro. Shaman et cheval. Photo d’Alfons Alt.

Tout se ressemble, mais rien n’est semblable. Il y a des apparitions qui rappellent d’anciens morceaux : les cavaliers portant des oiseaux qui déploient leurs ailes larges, la mariée et son fiancée, les envols, les galops enivrants, les acrobaties magistrales, une grande mule et un petit âne, des scènes cocasses, des images très mélancoliques. Une dizaine de cavaliers virtuoses, étourdissants, admirables. Pas de sarcasmes, ici, mais par-delà le rire, quelque chose de triste qui dit le présent, les menaces de guerre au loin.

La couleur musicale induit la nostalgie, jusqu’au chagrin : un orchestre de musique Klezmer, avec instrumentistes et chanteuse très doués, très investis, des textes d’Isaac Bashevis Singer dits en yiddish et en français par Rafaël Goldwaser, le chant déchirant de Shalom Katz, et dix-sept chevaux, tous plus beaux les uns que les autres, et soignés, et cabochards, et une mule, un âne, un baudet.

Les mariés s’envolent…Photographie d’Alfons Alt.

Au royaume de Bartabas, comme en une patrie très aimée qui nous berce, nous émerveille, mais nous éveille au monde, aussi.

Attention : le parking qui jouxtait l’espace de Zingaro est anéanti par les projets du « Grand Paris ».

Plus moyen de se garer facilement. Prenez le métro : ligne 7, station Fort d’Aubervilliers et arrivez en avance pour profiter d’un accueil aussi chaleureux que celui du Soleil, à partir de 19H00 en soirée et 16h00 le dimanche.

Théâtre équestre Zingaro, 176 avenue Jean-Jaurès, 93300 Aubervilliers. Métro : Fort d’Aubervilliers.

Du mardi au samedi à 20h30, sauf le jeudi, relâche. Dimanche à 17h30. Durée : 1h45.

Tarifs : 21 à 52€. Tél : 01 48 39 54 17

www.zingaro.fr

www.fnacspectacles.com

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