Elle a toujours été remarquable, qu’elle joue, qu’elle mette en scène. Mais avec « Marie des poules », elle trouve un personnage dont elle fait une grande figure, et bouleverse le public.

Béatrice Agenin, c’est l’un des plus beaux parcours de comédienne que l’on connaisse. Dès sa sortie du conservatoire, elle est engagée au Français. Devient sociétaire cinq ans à peine après son entrée, mais choisit de quitter la maison Molière en 1984.

Elle est ravissante, douée pour tous les registres, aime travailler avec Jean-Paul Roussillon. Dès ses débuts salle Richelieu, elle est remarquée et commence une carrière au cinéma et à la télévision, deux voies qui s’ouvriront plus largement après son départ.

C’est une beauté classique, avec beaucoup de caractère. Une comtesse italienne. On la revoit pour jamais, dans une scène d’anthologie, avec la regrettée Dominique Costanza, jouant l’une des comédiennes de La Locandiera, mise en scène par Jacques Lassalle.

Photographie de Fabienne Rappeneau DR

Pourtant elle a joué des dizaines et des dizaines d’autres rôles et l’on pourrait en établir une liste presque complète, tant elle frappe par sa présence, sa profondeur, sa finesse.

Après avoir quitté le Français, elle a souvent joué sous la direction de Bernard Murat, au côté d’un Jean-Paul Belmondo énergique et joyeux, sombre s’il fallait qu’il fût Cyrano, et elle, Roxane.

Elle a mis en scène ses camarades, dans Les Femmes savantes, mais surtout établi un lien avec les pièces de Lee Blessing.

Devant Nohant, miniature… Photo de Fabienne Rappeneau DR

Récemment, on l’a applaudie, grave et secrète, dans Suite française, d’après Irène Némirovsky, mise en scène de Virginie Lemoine.

Cinéma, télévision, elle est connue et aimée d’un large cercle.

Mais avec Marie Caillaud, le personnage sorti de l’oubli, pour elle, par Gérard Savoisien, elle trouve une femme qu’elle aime. Elle lui donne son enfance, puisque Béatrice Agenin puise dans ses souvenirs d’enfance et sans doute de vacances, dans le Berry.

Elle voulait approcher, par le théâtre, le personnage de George Sand. Gérard Savoisien lui offre mieux avec cette jeune servante que la belle Dame de Nohant –et vraiment Bonne…- remarque et à qui elle apprend à lire, la distribuant  dans les pièces de théâtre que l’on joue dans la belle maison, devant les invités prestigieux qui aiment séjourner auprès de leur amie écrivain.

On ne racontera pas tout, car l’un des plaisirs de Marie des poules, est la découverte d’un épisode mal connu de la vie à Nohant. Arnaud Denis possède l’élégance d’un jeune homme doué mais sans doute un peu indolent. Il signe la mise en scène sobre et précise et incarne Maurice, le fils tant aimé de George Sand.

Dans un très beau décor de Catherine Bluwal, les lumières de Laurent Béal, des costumes harmonieux et des marionnettes séduisantes, les deux comédiens sont en parfait accord.

Béatrice Agenin est la jeune Marie, mais aussi la femme dans sa beauté rayonnante et aussi George Sand. On ne peut qu’être bouleversé par le grand art, discret et magistral, qu’elle déploie, sans ostentation aucune. Dans l’amour d’une petite paysanne au destin rare, Marie Caillaud.

Petit Montparnasse, du mardi au samedi à 19h00, dimanche à 17h00. Durée : 1h15.

Tél : 01 43 22 77 74.

www.theatremontparnasse.comLe texte de la pièce, accompagné d’un dossier documentaire et d’actualité, est publié par L’Avant-scène théâtre (14

Pas encore de commentaires

Comments are closed