Universitaire brillant aux connaissances encyclopédiques, pédagogue aimant, spectateur passionné, voyageur sans frontières, cet homme chaleureux est mort accidentellement le 13 juillet.

La dernière fois qu’on lui a dit au revoir, il enfourchait sa monture urbaine, après une réunion ondoyante et merveilleuse qui l’avait mis en présence de son ami, universitaire comme lui, Georges Forestier. Ils avaient parlé ensemble, échangé les balles comme deux champions, à propos de Robert Garnier et Jean Racine. Toute une matinée à baigner dans le haut savoir, la poésie dramatique, les secrets, les anecdotes, la vie même. C’était un dialogue fascinant auquel les deux savants s’étaient prêtés avec simplicité pour l’édition, par L’Avant-scène théâtre de Hippolyte de Robert Garnier et Phèdre de Jean Racine. Deux mises en scène de Christian Schiaretti, au TNP de Villeurbanne, que l’homme de théâtre quittait.

Souriant, affable, simple, un esprit universel et un être très chaleureux. DR.

Il était heureux, Christian Biet. Le cœur un peu serré à l’idée de sa retraite universitaire, lui qui a donné tant de cours, lui qui a formé tant d’esprits. Mais électrisé par les perspectives de voyages, les livres, les revues, les collaborations scéniques, l’amitié, la famille.

Et puis voilà. Un tour à bicyclette à la campagne. Une chute. Une mauvaise, une méchante chute et Christian Biet meurt. Il avait eu 68 ans le 12 mai dernier.

Il avait tant à vivre encore, tant à aimer, tant à partager, tant à éclairer, tant à écrire, à construire. On ne résume pas la vie d’un tel universitaire. Professeur d’Histoire et d’esthétique à l’Université de Paris-Nanterre, membre de l’Institut Universitaire de France, directeur de recherches sur l’Histoire des Arts et des Représentations, son domaine dépassait de loin le théâtre : rien ne lui échappait, jusqu’au cinéma. Mais les tréteaux avaient sa préférence.

Ce qui était très fertile dans sa manière, au-delà de sa belle écriture, fruitée et savoureuse, au-delà de sa connaissance sans faille du XVIIème siècle, mais son regard embrassait –embrasait- tout de l’Antiquité à Jan Fabre…c’était son art du partage. Il était très érudit, mais très accessible et ne séparait jamais la littérature de la société de son temps. C’est très frappant, évidemment, en ce qui concerne l’Ancien Régime, mais son regard portait loin.

Il était un essentiel artisan de la revue Théâtre Public.

Il allait sans cesse au théâtre, était invité dans de très lointains festivals, en Chine, au Japon, en Corée, comme à l’ouest (!) et il repérait de son œil pétillant et amical, toutes les tendances, les lignes de force, les talents, les personnalités originales.

Bien sûr on lira ses livres, on se souviendra des spectacles dans lesquels il s’était investi de toutes ses fibres –du côté de la cruauté, notamment- et on entendra sa voix, on se souviendra de ses sourires d’enfant et de son rire shakespearien. De la merveilleuse présence au monde et aux autres.

Voici, puisées dans internet, les listes de quelques-uns de ses travaux :

Droit et littérature sous l’Ancien Régime, le jeu de la valeur et de la loi, Champion, 2002 ;

Qu’est-ce que le théâtre ?, avec Ch. Triau, Gallimard, coll. «  Folio essais inédit », 2006 ;

Direction de Théâtre de la cruauté et récits sanglants (France XVIe-XVIIe siècle), coll. « Bouquins », Laffont, 2006 ; direction de Tragédies et récits de martyre (France, fin XVIe-début XVIIe siècle), dir. Ch. Biet et M.-M. Fragonard, Classiques Garnier, 2009). « Pour une extension du domaine de la performance (XVIIe-XXIe siècles) », in Communications, numéro spécial « Performance », direction Christian Biet et Sylvie Roques, N°92, Seuil, 2013.

Fiction et économie, Représentations de l’économie dans la littérature et les arts du spectacle, XIXe-XXIe siècles, sous la direction de Geneviève Sicotte, Martial Poirson, Stéphanie Loncle, Christian Biet, Presses Universitaires de Laval, 2013 ;

Théâtre/Public n°210, « Théâtre chinois contemporain », direction Christian Biet et Wang Jing, décembre 2013 ; Revue d’Histoire du Théâtre, n° 263, « D’après Carmelo Bene », dossier coordonné par Christian Biet et Cristina De Simone, juillet septembre 2014 ;

Théâtre/Public n°211, « La vague flamande, mythe ou réalité ? », direction Christian Biet, Josette Féral, janvier 2014 ;

Témoigner, entre Histoire et mémoire, Revue de la fondation Auschwitz de Bruxelles, dossier dirigé par Christian Biet et Philippe Mesnard, 

« Violences radicales en scène », éditions Kimé, n° 121, 2/ 2015 ;

Théâtres de langues chinoises, perspectives contemporaines, dir. Ch Biet et Wang Jing, Revue d’Histoire du Théâtre n°271, 68e année, 2016- III ;

Revue électronique, Astérion , n°15, « Après la guerre, After the war », Dossier coordonné par Christian Biet et Jean-Louis Fournel, ENS éditions, ENS de Lyon, [En ligne], 15 | 2016, mis en ligne le 23 novembre 2016. URL : http://asterion.revues.org/2841;

Revue Théâtre/public , Nouvelles écritures européennes, co-direction du numéro avec Christophe Triau et Laurent Muhlausen, n° 223 janvier 2017.

Obsèques : Sa famille et ses amis lui diront adieu le mercredi 22 juillet au cimetière du Père-Lachaise, Coupole du Crématorium, à 10h30.

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