Elle est la toute jeune fille de « Pompier(s) » de Jean-Benoît Patricot, face à Antoine Cholet, dans une mise en scène de Catherine Schaub, au Rond-Point.

 

© G Garcia_Le Chesnay-Rocquencourt Pompier(s)

Géraldine Martineau est une artiste rare. Elle a un peu plus de trente ans et ne cesse d’entreprendre. Qu’elle joue au théâtre ou au cinéma, mette en scène, écrive, elle irradie le mystère de ceux qui sont demeurés en contact avec une part profonde de leur enfance.

Blonde, petite, regard qui mêle la candeur et la sagacité, Géraldine Martineau n’a pas trop de mal, de par sa simple présence, à nous faire penser à une toute jeune fille, sinon une enfant. Elle ne compose pas. Elle inspire des sentiments délicats et profonds, liés à ce mystère d’une enfance qui ne s’éteindrait pas. Depuis ses premiers pas à 17 ans au cours Florent, puis au Conservatoire et depuis, de rôle en rôle, au théâtre comme au cinéma, elle occupe une place particulière dans le paysage de l’interprétation.

Parfois, elle met en scène. Mademoiselle Julie de Strindberg, La Mort de Tintagiles de Maeterlinck et, la saison dernière, La Petite Sirène d’après Andersen (un spectacle qui va être repris au Studio Théâtre de la Comédie-Française). Il y a dans son travail, imagination scénique et direction de jeu, une délicatesse très particulière.

On retrouve tout cela dans Pompier(s), un texte éprouvant, volontairement dérangeant de Jean-Benoît Patricot. Une toute jeune fille un peu inachevée intellectuellement a été longtemps abusée par un groupe de soldats du feu. Elle dialogue avec l’un de ses agresseurs, tandis que se déroule le procès.

L’homme (Antoine Cholet) tente de la persuader qu’elle était consentante, qu’elle était même peut-être à l’initiative de ces rencontres glauques.

Les personnages n’ont pas de nom : l’homme, elle. La pièce est assez brève : une heure trente. Le dispositif scénique est simple (Florent Guyot) et la mise en scène de Catherine Schaub est sincère. Même si, on ne sait quoi dans la direction d’acteur en rajoute sur la perversité cruelle du personnage masculin.

Mais il y a dans cette brève représentation, par-delà la troublante incarnation de Géraldine Martineau, un moment incandescent, pur. Un monologue de ce personnage, un moment de vérité aveuglante et de grand art.

Elle n’en rajoute pas sur le pathos. Elle ne cherche pas à « être », à faire croire. C’est du théâtre : on est du côté de l’art et de la transfiguration d’une écriture. Un haut moment, puissant et furtif, bouleversant et unique.

Théâtre du Rond-Point, salle Jean-Tardieu, du mardi au dimanche,
à 18h30 jusqu’au 13 octobre.
Sauf les 15 septembre et 1er octobre. Tél : 01 44 95 98 21.

www.theatredurondpoint.fr

A la librairie, une exposition de photographies de danse par Benoîte Fanton, accompagnée de la publication d’un livre. A ne pas rater.

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