Traduite par Myriam Tanant et Jean-Claude Penchenat qui l’avait montée, « Une des dernières soirées de Carnaval » est mise en scène avec finesse par Clément Hervieu-Léger et jouée par une quinzaine de comédiens, jeunes et très doués.

Une photographie de Brigitte Enguerand. DR.

Un décor simple permettant la circulation (et la longue tournée) : de grands panneaux de bois comme de hautes parois mobiles qui protègent le son. Quelques meubles : des sièges, dont de simples chaises d’école en bois clair et tubulures de métal, des tables sur tréteaux, quelques fauteuils qui semblent confortables et plus dans l’esprit de l’époque traduite par des costumes superbes mais sans ostentation. Quelque chose sonne vrai, ici. Aurélie Maestre signe la scénographie, Caroline de Vivaise les costumes, David Carvalho Nunes les perruques et maquillages. Bertrand Couderc éclaire l’ensemble avec délicatesse. Ajoutons de la musique, discrètement, avec Erwin Aros comme conseiller et Jean-Luc Ristord, pour la réalisation sonore. Et des voix, de superbes voix telle celle d’Erwin Aros, justement, qui intervient régulièrement et apporte sa grâce et sa poésie comme le font les deux musiciens, M’hamed El Menjra et Clémence Prioux qui marquent les articulations des actes et s’imposent à la fin alors que, dévoilons-le, tout le monde entre dans la danse, selon des chorégraphies de Bruno Bouché, et se déploie dans le chant.

Quinze interprètes, dont les deux musiciens et le chanteur, intégrés au jeu, servent avec une alacrité enjouée et une intelligence idéale, l’intrigue sentimentale et touchante, mais qui nous fait plonger dans le monde de Venise qu’Anzoletto (Louis Berthélémy) célèbre à la fin de la comédie, tandis qu’il se prépare à un grand voyage pour Moscou.

C’est la Venise de Goldoni, entreprenante et gourmande de vie et de joie. On est dans le monde des tisserands, des brodeurs, des dessinateurs. Tous ces artisans, ces commerçants qui louent les qualités des productions françaises, vivent leurs amours, leurs couples, leurs rêves avec plus ou moins de bonheur.

C’est la Venise du départ, pour le grand écrivain qui, vaincu un moment par l’hostilité puissante de son rival, Carlo Gozzi, doit se rendre à Paris. Nous sommes en 1762. Cette comédie est comédie d’adieux.

Zamaria (Daniel San Pedro), tisserand prospère, a invité ses amis pour la fin du carnaval. Un des jeunes gens, Anzoletto (Louis Berthélémy, on l’a dit), dessinateur remarquable, est invité à Moscou. La fille de Zamaria, Domenica (Juliette Léger) est amoureuse du beau blond. Pourra-t-elle l’épouser ? Et même partir, elle aussi, pour Moscou ?

Il y a beaucoup de couples dans la pièce. Des heureux et équilibrés, des névrosés, des frivoles. Il y a une malade (imaginaire) et rageuse, Alba, Aymeline Alix, impayable emmerdeuse, et son mari d’une infinie patience, Jean-Noël Brouté, il y a la belle et autoritaire et libre Maria, Clémence Boué, il y a une française, déjà trois fois mariée, très mal vue de cette petite société. Elle aussi doit se rendre à Moscou et se dit amoureuse d’Anzoletto, avec qui elle s’apprête à voyager. Marie Druc est cette Madame Gatteau qui va trouver encore un nouveau mari… Il y a bien sûr aussi le boute-en-train, Momolo, calendreur et joueur, Stéphane Facco, idéal.

Citons-les tous :  Adeline Chagneau, Charlotte Dumartheray, Jérémy Levin, Guillaume Ravoire, le filleul, sa femme à haute perruque poudrée, la jeune fille qui fait rêver Momolo.

Toute la troupe est parfaite. La traduction de la regrettée Myriam Tanant est fluide et savoureuse, comme il se doit. Elle l’avait composée avec Jean-Claude Penchenat qui avait monté cette pièce lumineuse et mélancolique il y a des années.

On est très heureux de retrouver cette soirée de carnaval, la vie active et enfiévrée de Venise et tous ces personnages si bien incarnés. Goldoni les aime tous et leur donne une épaisseur humaine immédiate. L’excellent et sensible Clément Hervieu-Léger signe un spectacle accompli. Une perfection dans la distribution, la direction d’acteurs, les mouvements, la vision.

Sans doute le meilleur des spectacles dont on puisse rêver : après les Bouffes du Nord, il sera longtemps en tournée.

Théâtres des Bouffes du Nord, du mardi au samedi à 20h30, samedis à 15h30, dimanche 24 novembre à 16h00. Jusqu’au 29 novembre. Durée : 2h10. Tél : 01 46 07 34 50. Puis en tournée.

www.bouffesdunord.com

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