Qui l’a vue au théâtre ou au cinéma ne peut oublier cette belle personnalité, intransigeante et rieuse malgré les drames de sa vie.

Un visage à la belle architecture, un regard d’un bleu unique, une silhouette déliée, tout en Malka Ribowska inspirait l’énergie et l’intelligente. Une personnalité très originale, engagée de toutes ses fibres dans la vie. David, Bella, Nicolas, ses frères et sa sœur annoncent avec simplicité le départ de cette femme attachante qui avait eu 89 ans le 20 mai dernier. Des enfants venus de Pologne, des enfants de culture juive qui ont souffert pendant la guerre mais aussi rencontré des gens merveilleux. Nicolas Ribowski, le jeune frère, réalisateur, a raconté son propre parcours. Caché à Moissac, jusqu’à la fin de la guerre, il a composé deux documentaires sur les personnes qui l’ont sauvé, Shatta et Bouli Simon, en 2005 et un autre sur les Justes en 2007.

Dans le merveilleux « La Vieille Dame indigne », film de René Allio sorti en 1965. Au milieu, Jean Bouise, avec Sylvie et la belle Malka Ribowska. DR.

Au théâtre, comme au cinéma ou à la télévision, Malka Ribowska a été une comédienne inoubliable. Jean-Noël Mirande, qui lui avait consacré un beau portrait dans les colonnes du Point, il y a quelque temps, la comparait à Alice Sapritch. Et il est vrai que la comédienne d’origine arménienne, grande tragédienne et femme d’esprit, possédait le même genre d’autorité que Malka Ribowska. Elle pouvaient, dans leur maturité, avoir le même « emploi » comme on disait.

Mais Malka Ribowska était aussi d’une féminité, d’une sensualité joyeuse, qui lui avaient permis de jouer les belles heureuses et les séductrices. Nous sommes nombreux à l’avoir découverte dans le merveilleux film de celui qui était alors son mari, René Allio. Ce film, c’est La Vieille Dame indigne : avec Sylvie, délicieuse, Madame Berthe Bertini et une coquine de serveuse de bar que jouait Malka. Il y avait la réunion de comédiens épatants, tel Jean Bouise, comme sur la photo que nous publions, Etienne Bierry, Pascale de Boysson, le jeune Victor Lanoux. Ils avaient répété longtemps, comme au théâtre…Mais c’est la liberté qui emporte chacun, comme la délicieuse Rosalie, complice de la vieille dame. Le tout avec des chansons de Jean Ferrat.

Très belle, vraiment très belle et très intelligente. DR.

Un miracle de film sorti en 65. Malka Ribowska avait commencé sa carrière au cinéma quelques années auparavant, au tournant des années cinquante mais c’est avec sa trentaine éclaboussante qu’elle va se frayer un chemin. Pas que des rôles gais. Souvent des compositions. Elle figure en voyante dans le très beau Les Dimanches de Ville d’Avray de Serge Bouguignon, dès 62. Elle a un côté gitane, qu’elle aime cultiver. Elle retrouve René Allio pour L’Une et l’autre, en 1967, avec la regrettée Françoise Prévost. Un sujet très original. Borderie, Giovanni, Cassenti, Delannoy, son parcours au cinéma est strict. Le jeune Mathieu Amalric la fait tourner en 1997 dans Mange ta soupe.

Mais c’est par le théâtre qu’elle avait débuté, dès 1952 : Maison de poupée d’Ibsen avec Jean Mercure, La Mouette, La Sauvage de Jean Anouilh, la création par Planchon de Paolo Paoli d’Arthur Adamov. Elle a aussi travaillé avec Marcelle Tassencourt, Jean-Pierre Grenier, Jean Gillibert, Jacques Mauclair qui crée, en 74, La Polka de Patrick Modiano.

Pendant ce temps, elle est très demandée à la télévision et là on ne compte pas les dramatiques magnifiques comme les émissions « culte » : des Cinq dernières minutes à Navarro ou Chateauvallon, elle a eu la diversité de rôles qui l’amusaient. Et de grandes compositions pour Le Sagouin de François Mauriac par Serge Moati en 72, Le Deuil sied à Electre d’Eugène O’Neill par Maurice Cazeneuve qui la dirige aussi dans Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac en 75. Elle joue aussi sous la direction de son petit frère, Nicolas Ribowski dans un épisode de la série Sam et Sally en 78.

La grande lumière de sa vie, c’est l’amitié, sa complicité avec Simone de Beauvoir. Malka Ribowska pensait depuis longtemps à transposer La Femme rompue. Le Castor hésitait. Mais elles s’étaient rencontrées. Elles s’appréciaient profondément. Et Josée Dayan put signer le film, en 1978 avec des dialogues de Beauvoir. Malka avait déjà collaboré avec la fertile réalisatrice dans Le Naufrage du Monte-Cristo, puis tourna Une Fugue à Venise, Le Retour d’Elisabeth Wolff, notamment, en 82.

En 1978, Malka Ribowska connut le grand malheur de voir son fils Simon mourir accidentellement, à 33 ans. Elle écrivit un beau livre, pudique et bouleversant, Je n’ai plus de nouvelles de Simon.

On n’avait pas beaucoup de nouvelles de Malka Ribowska. Mais on ne l’oubliait pas. On ne l’oubliera pas.

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