Au Ranelagh, elle met en scène cinq comédiens épatants dans Les Romanesques, premier succès de l’auteur de Cyrano.


Une comédie en trois actes et en alexandrins, créée à la Comédie-Française, le 21 mai 1894 par un auteur d’à peine 26 ans…Et, si l’on en croit les critiques de l’époque, Les Romanesques furent très bien accueillis.

Avouons que nous ne connaissions pas cette fantaisie qui emprunte à Shakespeare et Musset, d’une certaine façon, pour nous offrir une pièce amusée et amusante, légère, une pièce qui se joue des refrains connus au théâtre, pour nous divertir.

Il fallait Marion Bierry, sa grâce, son intelligence, son sens du plateau, pour donner aux Romanesques une tendre alacrité, quelque chose de grisant, pour raviver le charme du jeune Edmond Rostand.

L’intrigue ? On croit sinon la connaître, du moins reconnaître quelques fondamentaux du théâtre…Des voisins qui sont ennemis, Pasquinet (Serge Noël), père de Sylvette (Sandrine Molaro), et Bergamin (Thierry Ragueneau), père de Percinet (Alexandre Bierry). Evidemment les enfants s’aiment. Ajoutons Straforel (Gilles-Vincent Kapps), et laissez-vous prendre.

Un mur sépare les propriétés des pères. Un mur qui est un véritable personnage à la manière de celui qui sépare Pyrame de Thysbé…Un mur qu’il faudrait faire tomber pour mieux tenir tête aux adultes…Mais est-ce si simple ? Un enlèvement, vrai ou faux, vrai et faux, et la vérité qui éclate à la fin…

Mais les tourtereaux ne l’entendent pas de cette manière : tout, sauf être manipulés… N’en disons pas plus !

Le jeune Rostand a de l’esprit et l’une des premières didascalies est : « La scène se passe où l’on voudra pourvu que les costumes soient jolis ». Marion Bierry, qui signe justement ces costumes, le suit fidèlement.

Il y a du charme sur ce plateau du Ranelagh,  à peine occupé par la scénographie simple de Nicolas Sire, animée des lumières de Pascal Noël. C’est délicat et léger. C’est exactement ce qu’il faut à l’action, aux vers, aux protagonistes des Romanesques

Du romanesque bien sûr, de l’amour, de la cape, de l’épée, de l’ombre, des apparitions furtives, des soupirs, des serments, des cris, un peu de musique et des chansons… On pense aussi à Corneille, à un certain Hugo. On pense à suivre l’action et son formidable coup de théâtre…

On se divertit, on s’enchante d’un jeu franc et nuancé à la fois.

La distribution est excellente. Marion Bierry dirige avec sa sagacité habituelle. Elle laisse sourdre ce qu’il faut de mélancolie par-delà ce qu’il y a de farcesque en ces Romanesques. Sandrine Molaro est une Sylvette féminine et légèrement grisée, Alexandre Bierry, très bon comédien, sait oublier sa puissance de jeune premier ténébreux, pour s’envoler, rire, faire rire. Et chanter ! Gilles-Vincent Kapps compose un Straforel très moiré tandis que Serge Noël et Thierry Ragueneau jouent avec allégresse leur double jeu…

A la fin, et c’est dans ce Rostand malicieux, Sylvette s’adresse au public : « Excusons ce que fut la pièce ». Chacun y va de sa conclusion. Toujours en rimes. « Un peu de musique, un peu de Watteau / Un spectacle honnête, qui finit tôt. » Applaudissons !  

Théâtre du Ranelagh, les samedis 31 octobre, 14 et 28 novembre à 16h00, les samedis 7 et 21 novembre à 14h00. Les dimanches à 16h00. Jusqu’au 29 novembre. Durée : 1h30. Tél : 01 42 88 64 44.  
Belles atmosphères et photographies de Ben Dumas
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