Dans « Louise au parapluie » d’Emmanuel Robert-Espalieu, elle est une femme forte et candide. Un conte sans cruauté que le public adore.

Au théâtre comme au cinéma, qu’elle joue ou que, rarement mais avec profondeur, elle réalise, Myriam Boyer occupe une place singulière dans le paysage du spectacle en France.

Elle s’est construite toute seule. Il y avait en elle une telle sensibilité, elle avait tant traversé de la vie, tant compris de la vie, qu’elle a immédiatement été époustouflante.

Elle avait eu une enfance, une adolescence, un début de jeunesse, très durs. Et puis elle a osé passer la porte d’un théâtre. Elle a suivi quelques cours. A Lyon, où elle est née en 1948. Marcel Maréchal, Roger Planchon, Jacques Rosner, plus tard  Boeglin, les metteurs en scène de cette ville que l’on a considérée longtemps comme la capitale du théâtre en France et où Patrice Chéreau a lui aussi travaillé, l’ont engagée. Ont compris son ultra-sensibilité et sa manière magistrale d’incarner des personnages.

Elle a créé de nombreuses pièces de Bernard-Marie Koltès, a reçu des prix (Syndicat de la critique, et deux molières) et s’est distinguée dans des registres très différents.

On n’oublie pas quel beau film elle a réalisé en 1998, La Mère Christain. On ne l’oublie dans aucun de ses rôles : c’est l’un des plus beaux chemins du théâtre et au cinéma comme à la télévision, elle a toujours fait de beaux choix et été choisie par des artistes originaux et puissants.

Aujourd’hui, après Avignon où le spectacle a eu beaucoup de succès, Myriam Boyer interprète une femme simple, courageuse, une femme intelligente, intuitive et non dénuée d’humour dans un conte théâtral de d’Emmanuel Robert-Espalieu.

Dans Louise au parapluie, elle est une ouvrière qui depuis quarante ans accomplit le même geste simple d’accrocher la toile des parapluies aux baleines dans une manufacture.

Son mari l’a abandonnée il y a bien longtemps. Elle a un grand fils (l’excellent Guillaume Viry) qui réussit en faisant l’influenceur sur les réseaux internet : ancien athlète, lanceur de marteau, il promeut des survêtements et autres accessoires de sport.

Louise a aussi des amies dans la manufacture et parapluies, et surtout une jeune, nouvelle employée, très dynamique (la charmante et juste Prune Lichtlé).

C’est l’auteur lui-même qui signe la mise en scène, dans un décor simple qui est pour l’essentiel la cuisine de Louise, dans son jus années 70 et un petit espace atelier. Lorsque l’on est au dehors, il suffit d’une nappe au sol et d’éclairages.

Dans la jolie salle souterraine du Petit Gymnase, avec ses beaux murs de pierre blonde et son plateau assez large, on n’en demande pas plus.

Le public est déjà nombreux alors que les sollicitations sont très nombreuses en ce début de saison. Le public est là pour elle, Myriam Boyer.

Ne racontons pas l’intrigue ténue et son côté conte de fées. Louons cette interprète magistrale dont l’humanité fait merveille. Son personnage s’adresse à notre candeur naturelle ou assumée. Il y a quelque chose de simple et de profond dans la femme du peuple qu’est Louise. Le peuple dans sa force, sa dignité. Son aristocratie en fait.

Dans cette salle où l’on est proche des comédiens, on ne peut qu’être époustouflé par la délicatesse du jeu de Myriam Boyer, par tous les détails qu’elle nous offre, par la  profondeur qu’elle apporte. Elle joue toutes les notes avec un art consommé de la vérité transfigurée. Elle est admirable.

Sa voix acide et tendre à la fois, sa présence moelleuse, ce qu’elle laisse affleurer d’enfance en Louise, cette détermination heureuse du personnage combattant, sa lucidité enfin, tout donne à ce moment de théâtre un intérêt et une noblesse humaine.

Théâtre du Gymnase Marie-Bell, à 20h00 en semaine, 17h00 le dimanche. Durée : 1h20. Tél : 01 42 46 79 79. 

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