Au Portugal, elle avait débuté enfant. En France, elle fonda le Naïf Théâtre avec Richard Demarcy. Elle s’est éteinte le 1er janvier.

Fine comme une herbe, vive comme une source, lumineuse comme le ciel d’été, Teresa Mota, regard profond et doux, visage tendre, voix harmonieuse, était une femme rare. Généreuse, ouverte, très intelligente et sensible. Courageuse, elle aura affronté crânement la maladie. Elle s’est éteinte à Paris, le 1er janvier. Il faisait très beau, un vrai temps de printemps. Un temps pour elle.

Au fil du temps, ses cheveux sombres étaient devenus gris, d’un gris argent qui accentuait sa grâce aristocratique d’éternelle enfant, doublée d’une femme forte devant la vie. Son fils, Emmanuel Demarcy-Mota, l’a toujours accompagnée et plus que jamais ces derniers temps. Il ne disait pas « maman », lorsqu’il nous parlait d’elle. Mais Teresa, comme il disait Richard, parlant de son père : deux fortes et généreuses personnalités qui ont contribué à forger l’artiste et le capitaine d’institutions.

Au Portugal, où elle était née le 30 juillet 1940 à Tomar, Teresa Mota est très tôt célèbre : Les lettres de l’oncle João (et de sa nièce Teresinha), émission de la télévision portugaise dans laquelle la toute jeune adolescente qu’elle était encore, accompagnée d’un célèbre interprète, Gustavo Fontura, répondait aux lettres des jeunes téléspectateurs.

Elle avait dès l’enfance eu ce goût pour le jeu, guidée par sa mère. Son frère, Joao Mota, est lui aussi dans le monde du théâtre. Comédien, il a fondé la compagnie Comuna et dirige le Teatro de Pesquina. C’est d’aiileurs cette institution qui a annoncé, dimanche matin, la disparition de Teresa Mota : « actrice au Théâtre National D. Maria II, du cinéma portugais et l’inoubliable Teresinha de la télévision, (elle) est décédée hier. A Paris, ville où elle vivait depuis plus de 60 ans, même si elle avait toujours entretenu une relation très étroite avec son pays. »

Séparée de leur père, la mère de Teresa et de Joao, s’était installée avec ses enfants à Lisbonne, leur permettant d’accéder à toutes les formes d’expression artistique. Tomar, où ils étaient nés, est une ville historique très importante, mais loin de l’océan, et célèbre pour avoir été le siège de l’Ordre des Templiers. Il semble dans cette cité, les Mota aient été propriétaires d’un cinéma, d’un théâtre, et même un café prestigieux.

Après ses succès de jeune fille à la télévision, Teresa Mota tourne des films qui confirment et sa grâce et sa présence. Dès 1961 : Course, Histoires simples des gens de mon quartier.  La même année, au Théâtre National, dirigée par Amelia Rey-Colaço, elle est Juliette dans Roméo et Juliette de William Shakespeare, et reçoit le prix de la critique. Un peu auparavant, elle a joué dans Les Sorcières de Salem, dont des années plus tard, à Paris, Emmanuel Demarcy-Mota a signé une remarquable mise en scène.

Teresa Mota, à la Fondation Calouste Gulbenkian. DR.

Lorsqu’elle était arrivée à Paris, Teresa Mota avait suivi les cours de la rue Blanche, mais était également inscrite à la Sorbonne. Plus tard, elle parachèvera ces études et enseignera comme maître de conférence, à la Sorbonne Nouvelle-Paris III. Sa spécialité ? Langue et théâtre.

A Paris, Teresa travaille avec Gabriel Garran, avec Catherine Monnot. Plus tard avec Manfred Karge, pour un Brecht, Le Commerce du pain. Mais la grande aventure de sa vie, c’est la rencontre avec Richard Demarcy, un poète doublé d’un être très lucide sur le monde, et s’engageant. Ensemble, ils fondent le Naïf Théâtre, une des plus jolies compagnies de théâtre qui soient. Plus de vingt-cinq ans durant, ils vont diriger la compagnie et créer ensemble des spectacles inoubliables et singuliers.

Comédienne, elle est délicate, son registre est large, du tragique à la comédie. Le Naïf Théâtre possède l’art de raconter de belles histoires, chatoyantes, mais jamais sans un fond de réflexion. Le Naïf Théâtre nous a éclairés, nous a sensibilisés au monde même, dans sa vérité. On ne refera pas ici la liste de ce scintillant chemin qu’est celui du Naïf Théâtre. Evidemment, la Révolution des Œillets, en 1974, les marque. Cela donnera La Nuit du 28 septembre, à Aubervilliers et d’autres pièces. On se souvient avec une particulière intensité des spectacles des années 80, dont certains furent donnés à la Tempête : Jacques Derlon les admirait beaucoup. Ainsi L’Etranger dans la maison, en 1982. Puis Le Secret, Albatros, Voyages d’hiver, beaucoup d’autres.

Lorsqu’il n’est pas en classe, Emmanuel Demarcy-Mota est avec ses parents. Dans les coulisses, sur les plateaux. Il aime raconter comment, une fois, il s’était endormi en scène, alors qu’il devait faire une petite intervention de chant… C’est son lieu, la scène. Il avait six ans.

Un moment de sa vie, Teresa Mota a préféré se consacrer à l’enseignement, tandis que Richard Demarcy sillonnait l’Afrique, montant des spectacles que l’on voyait, à la fin de sa vie –il s’est éteint en 2018, vaincu par une féroce tumeur cérébrale, accompagné de tout son amour par son fils- au Grand Parquet.

On revoit Teresa Mota, dans sa langue, disant l’Ode Maritime de Pessoa. Un sommet du grand art de dire, d’incarner. On la revoit avec son fils, souriant dans le soleil. Pour toujours.

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