Amateur, mais artiste dans l’âme, aveugle, il est sur le plateau de « La Vie invisible » avec Chloé Olivères et Romain Cottard. Il est lumineux et bouleversant dans un travail mené sous la direction de Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix.

Il est assis, dans la salle, au premier rang. On le remarque. Il est seul, très calme, quand le public s’agite devant le retard de près d’un quart d’heure qu’il faut subir, alors que beaucoup de personnes sont là depuis longtemps. On ne voit pas la canne blanche qu’il va déplier lorsque quelqu’un va l’inviter à se lever et à s’avancer vers le plateau.

En contre jour, Romain Cottard, au fond Thierry Sabatier, le conteur, en quelque sorte, et Chloé Olivères. Photographie de Christophe Raynaud de Lage. DR.



Comment Thierry Sabatier « voit » Chloé Olivères. Photographie de Christophe Raynaud de Lage. DR.

Il prend la parole. Il est saisissant, immédiatement. Il y a en lui une malice certaine : il interpelle le public sur sa cécité. Est-il vraiment aveugle ? Cet homme d’apparence jeune, est Thierry Sabatier. Un parmi les non-voyants, les aveugles,  qui ont participé à une expérience menée par la Comédie de Valence à l’initiative de Lorraine de Sagazan et de l’écrivain Guillaume Poix.

C’est sur un trou, un trou de mémoire, c’est sur des trous, ceux de sa vie, que se déploie le texte. Il est comme un meneur de jeu au côté de deux interprètes que l’on aime beaucoup, Chloé Olivères et Romain Cottard.

La maman du jeune Thierry aimait beaucoup le théâtre et emmenait souvent son fils à la découverte de textes, des mises en scène, de comédiens.

N’en disons pas plus car il y a dans La Vie invisible du mystère, du suspens, des tragédies, de l’humour, de l’amour, des souffrances profondes, et surtout en Thierry Sabatier, une force morale qui irradie et lui donne une présence magnifique.

Portrait de Thierry Sabatier par Christophe Raynaud de Lage. DR.

Non, n’en disons pas plus. En une heure, combien de révélations, combien de sentiments complexes. Et du jeu, du théâtre. Avec l’énergie et la sensibilité de la brune Chloé Olivères, que Thierry Sabatier imagine blonde, mais en qui il reconnaît une voix du sud ; avec la douceur, même dans les scènes âpres, de Romain Cottard, dont Thierry Sabatier a compris qu’il est grand, très grand…

Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix ont écrit avec les interprètes. Comédiens rompus à ces exercices. Ou amateur qui en fait a appris le théâtre autrefois, en assistant à des spectacles. Les auteurs qui sont aussi metteurs en scène, sont légers, discrets. Il laisse la vie palpiter, à mots choisis.

Thierry Sabatier, son destin unique, son courage, c’est-à-dire son cœur, sa belle intelligence, sa présence, son visage, son sourire qui illuminent, est une révélation. De vie, de générosité, de présence.

Théâtre de la Ville à l’Espace Cardin, petite salle. Jusqu’au 14 ,janvier à 20h00. Durée : 1h00. Tél : 01 42 74 22 77 ; theatredelaville-paris.com

Autres représentations du 15 au 18 février, au Théâtre du Point du Jour, Lyon.

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