Sous le titre « Un jour, je reviendrai », Sylvain Maurice réunit deux textes de Jean-Luc Lagarce, « L’Apprentissage » et « Voyage à La Haye ». Tout l’esprit de l’écrivain est là.

On sera bref car rien ne sert de faire l’esprit fort devant ces textes déchirants et innervés de son humour ravageur : L’Apprentissage et Voyage à La Haye donnent la mesure de l’art singulier de Jean-Luc Lagarce. Son style, le régime de sa phrase, ces reprises, ces répétions qui affinent l’expression en se rapprochant de la juste expression. Comme les battements d’un cœur.

Roland Fichet avait passé commande à Jean-Luc Lagarce. Il rêvait du récit d’une naissance. L’écrivain a choisi sa renaissance. Sa sortie d’un coma.  Réapprendre la vie, reprendre main sur sa vie. Ce dont on peut se souvenir. Le Voyage à la Haye, avec ce qu’il y a de mélancolie et de férocité, lorsqu’il décrit le petit monde qui reçoit un des spectacles de sa compagnie, donne l’image très fraîche d’un si jeune homme encore, qui sait que son chemin se clôt.

Un découpage graphique et une présence simple, sans autre arme que le jeu. Photographie de Christophe Raynaud De Lage. DR/sartrouville.

Dans un espace découpé de formes franches par des lumières très finement animées, espace imaginé par Sylvain Maurice lui-même avec André Neri et changeant selon ces lumières signées de Rodolphe Martin, Sylvain Brunet étant à la régie, Vincent Dissez interprète les deux textes comme des partitions précises, précieuses.

Son, et régie son par Cyrille Lebourgeois, ajoutent à la beauté simple et saisissante de ce moment.

L’essentiel repose sur le comédien que l’on sait capable d’illuminer des registres très différents. Depuis Didier Georges Gabily et le groupe Tchang, depuis le conservatoire, on sait les qualités puissantes mais discrètement exprimées, de Vincent Dissez.

Autre image de Christophe Raynaud De Lage. DR/CDN Sartrouville.

Ici, il y a de la pudeur. Une juste distance avec l’auteur fauché par le sida en 1995 et qui continue de nous parler au plus près.

Sylvain Maurice, dont on admire depuis toujours le travail, signe ici une perfection de théâtre qui touchera les adolescents comme leurs aînés. C’est très beau. Comme inspiré par une intime imprégnation pour celui qui dirigea le CDN de Besançon-Franche-Comté de 2003 à 2011, une maison qu’aurait pu longuement habiter Jean-Luc Lagarce…

Théâtre de Sartrouville, jusqu’au 23 octobre. Durée : 1h30. Renseignements sur les horaires et réservations au 01 30 86 77 79.

Site : theatre-sartrouville.com

Textes publiés par Les Solitaires intempestifs.

En tournée les 2 et 3 décembre au Théâtre de Lorient-CDN.

Pas encore de commentaires

Comments are closed