
Ecrit et mis en scène par Benoît Lepecq, ce monologue très bien composé doit énormément à son virtuose interprète, Melki Izzouzi.
Le théâtre, c’est très mystérieux. L’évidence de la qualité vous saisit tout de suite. Sans déploiement spectaculaire, sans emphase.
Disons que l’on est parfois bien disposé car le lieu compte. La Flèche est l’un de ces espaces parisiens où l’on se rend volontiers : écriture du jour et format d’une heure quinze à peu près. On n’y est pas systématiquement dans l’enthousiasme. Tout n’est pas réussi. Parfois les thématiques sont un peu convenues, pas toujours passionnants.
Mais voici une pépite d’écriture, de jeu, de mise en scène.
Homère Kebab, un texte de Benoît Lepecq, mis en scène par l’auteur, bénéficie de la radieuse évidence d’un grand talent : Melki Izzouzi.
L’auteur s’appuie sur une formation très solide, mais surtout sur une personnalité originale passée par un chemin de travail, d’approfondissement d’émotions, de discrétion, d’intelligence de la société comme du plateau.
Il a de la chance, soulignons-le, de pouvoir s’appuyer sur un artiste au spectre très large, un interprète formé musicalement comme dramatiquement. Melki Izzouzi, artiste qui a des liens toujours forts avec l’Algérie, à la Kabylie en particulier, et qui donne à sa présence un supplément de légitimité, et, dans doute, lui offre cette liberté de ton, de jeu, de présence qui illuminent le plateau.
Il ne faut pas en dire plus. Le texte n’est pas simple puisque celui qui s’adresse à nous ne cesse de parler à celui qui tient le Kebab, le fameux Homère. Et lui ? Quel est son nom ? Ulysse !
Le destin les réunit, un soir, une nuit, dans une rue de Calais. Ils n’ira peut-être pas jusqu’où il rêve d’aller, Ulysse. Mais il retrouvera l’espérance d’un nouvel horizon.
La trentaine, chanteur, comédien, habile aux doublages, cheveux en masse mi-longue, visage bien architecturé, silhouette fluide, voix harmonieuse, avec, ici, un très discret accent d’Afrique du Nord, regard intense aux irisations contrastées, voltigeur d’une langue précise, cet interprète est exceptionnel. Il déploie ici tous ses talents et avive le texte sensible comme la mise en scène intelligente de Benoît Lepecq.
Chaque lundi, vous pouvez retrouver l’artiste rare, lyrique avec retenue, qu’est Melki Izzouzi. Aux Gémeaux Parisiens, chaque lundi à 20h30, il est Oreste dans Andromaque de Jean Racine, mise en scène d’Anne Coutureau. Ulysse, Oreste, des Grecs, des héros à défauts dont nous avons besoin.
Théâtre La Flèche, 77 rue de Charonne, 75011 Paris. Chaque mercredi à 19h du 7 janvier au 11 mars. Texte publié à L’Harmattan.
Les Gémeaux Parisiens, 15 rue du Retrait, 75020 Paris. Andromaque, chaque lundi à 20h30. Durée : 2h. Tél : 01 43 20 60 56.