La comédienne s’est confiée à la journaliste Anne Diatkine. Sous le titre paradoxal de J’ai oublié, elle se souvient de tout.

Bulle. On l’appelait ainsi avant même qu’elle ne vienne au jour ! Bulle ! Elle en a les irisations et l’aptitude à échapper, voler, s’envoler, flotter dans les airs.

Avec Anne Diatkine, journaliste que l’on lit depuis longtemps dans les colonnes de « Libération », une journaliste qui s’intéresse de près au théâtre et signe de sagaces et fins portraits, Bulle Ogier s’est donc prêtée au jeu du souvenir.

Qui la connaît un peu, qui a déjà eu l’occasion de parler avec elle, sait combien elle s’exprime magistralement, sans superbe aucune, avec un naturel merveilleux. Sa langue est fluide et vive et si elle a beaucoup rêvé dans la vie –parce que son métier de vivre est le jeu- elle est d’une lucidité saisissante. Elle ignore la méchanceté, le fiel.

Elle a l’air toute fragile, depuis toujours. Mais c’est une fille du feu. Naturellement exigeante et résistante.

Pourtant, elle donne le sentiment de savoir flotter…De ne pas donner prise, ainsi !

Pour qui rêve de cerner parfois plus précisément certains épisodes de sa vie et de son art, ce livre vient à point. Il reflète à merveille la densité humaine et la profondeur de pensée et de sentiment d’une femme qui est pudique, qui ne s’est jamais mise en avant. Une femme intelligente, venue d’une bourgeoisie cultivée où la musique avait une grande part.

Mais une femme à part, Bulle Ogier. Avec l’éternelle fine silhouette et la blondeur lumineuse d’une éternelle toute jeune fille. Jeune toujours et avec éclat et si dans le livre elle répète souvent « à mon âge », et si elle n’a plus vingt ans depuis longtemps, il y a en elle quelque chose de la force de la radieuse jeunesse.

Digne, aristocratique, elle ne s’appesantit  pas sur les chagrins les plus terribles. Elle parle de la mort de sa fille Pascale, bien sûr. Mais elle célèbre la longue et magnétique beauté avec acuité. Sans pathos.

La souffrance, les chagrins, les peurs, les catastrophes intimes –jusqu’aux violences- elle les affronte. Bulle s’échappe, Bulle s’envole, Bulle sait flotter, mais elle est crâne.

Elle répète donc sans cesse « j’ai oublié », mais c’est pour mieux retenir les images, les visages, les faits. Elle a beaucoup d’esprit. Elle est drôle. Elle n’a pas l’esprit de sérieux. Elle aime.

On croise un monde fou dans ces deux cents pages. On recompose son chemin étonnant. Elle a rencontré jeune ses amis à la vie à la mort et l’homme qu’elle aime.

Elle a vécu d’extravagantes aventures et notamment le tournage de l’incroyable film de Barbet Schroeder La Vallée. Mais tant d’autres, moins héroïques mais tout aussi épiques. C’est incroyable : Bulle est d’abord une aventurière !

On ne répètera pas ici tous les noms, on ne reprendra pas ce qu’elle livre d’elle-même et de ses manières de vivre.

Il y a du sourire dans ces pages. Car Bulle a non seulement du caractère, de l’esprit. Mais elle est comme les enfants qui décryptent tout des grandes personnes.

N’en disons pas plus. La composition du livre vous étonnera peut-être. On dirait une suite de croquis, jetés sans que les liens, les liaisons soient lourdement établis. Mais elle a des cailloux plein les poches. Ils brillent. Ils racontent plus que de longs discours. C’est un peu un kaléidoscope.

« J’ai oublié », éditions du Seuil. Fictions & Cie. 19€.

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