Sur France 2 ce soir, « Une heure de tranquillité », comédie de Florian Zeller, mise en scène par Ladislas Chollat, avec François Berléand et Isabelle Gélinas, notamment.

Le plaisir de se glisser dans une salle. Le plaisir de retrouver l’une des plus belles salles de Paris, le Théâtre Antoine. Avec toutes les mesures nécessaires. Température, gel, grande distanciation, masque bien sûr.

Le hall est occupé par des tables de régie et dans la salle, à l’orchestre comme au premier balcon, un impressionnant déploiement de caméras. Ybao Benedetti signe la réalisation en complicité avec le metteur en scène Ladislas Chollat.

C’est lui, qui il y a une dizaine d’années avait créé cette comédie très cocasse composée par Florian Zeller, Une heure de tranquillité. Fabrice Luchini était le héros qui rêve d’écouter un disque, un 33 tours qu’il a trouvé aux Puces, ce samedi matin. Un disque de jazz, très rare, qu’il a hâte de déguster tranquillement.

Michel rentre chez lui, impatient. L’exceptionnel François Berléand pénètre et ne quittera plus la scène, une heure trente durant.

Mais voici son épouse, la belle et si nuancée Isabelle Gélinas. Elle a du vague à l’âme. Elle a quelque chose à dire à son mari.

Elle a également invité leur fils. Il vit à Pontoise et se dit musicien. Il est ombrageux et survolté. Un jeune homme en colère que Rod Paradot compose avec conviction.

Bientôt va apparaître un ouvrier qui travaille au fond de l’appartement, pour transformer la chambre du rejeton en bureau. Il a fait une grosse bêtise et la catastrophe commence très vite…Thierry Lopez est ce travailleur à accent. Irrésistible.

Comme l’eau coule chez lui, voici le voisin d’en dessous. Assez étrange. Collant. Nicolas Vaude s’en régale.

Il y a aussi l’amie du couple, qui va faire une apparition inopportune. La fine Christelle Reboul donne de la sensibilité au personnage.

Enfin, voici également le meilleur ami, en tenue de sport, excellent comme toujours, Jean-Luc Porraz.

Dans un décor de Nicolas Sire, avec des costumes de Jean-Daniel Vuillermoz et Nadia Cherouk et des lumières d’Alban Sauvé, pensées pour la télévision, un assistant à la mise en scène, Eric Supply, les comédiens s’en donnent à coeur-joie.

C’est un bonheur d’admirer le jeu de chacun. La distribution est excellente. Et Ladislas Chollat les dirige avec tact, s’appuyant sur les personnalités fortes de chacun. Imaginant avec intelligence, les déplacements, l’occupation de l’espace, les couleurs de chacun.

Efficace, la comédie ne cherche pas à être raisonnable ! Tout finit dans un tourbillon de folie. Mais ici, personne n’en fait trop. Il y a un côté guignolade, mais cette exagération est contenue par chacun. Les comédiens jouent sincèrement. C’est ce qui donne son liant à la représentation.

Isabelle Gélinas sait donner aux moindres inflexions de son personnage des nuances qui consolident la cohérence de cette femme qui ne veut plus mentir. Elle est formidable.

Dans la partition de celui qui rêve d’être seul un moment pour enfin écouter son disque, François Berléand est, on l’a dit, exceptionnel. Il faut le voir, aimanté par sa platine, tandis que sa chère épouse tente de lui faire partager ses tourments. Il faut le suivre, au plus près. Il n’est que subtilité de jeu, expressions, regards, timbre, déplacements, postures, gestes, on comprend tous les mouvements contradictoires qui secouent intérieurement l’amateur de jazz ! Le père exaspéré mais inquiet, l’époux irrité mais angoissé, le joli coeur assez lâche, bref, tous les Michel qui perturbent aussi le Michel amateur de jazz !

De la comédie d’excellence, une pièce tournée sur le plateau du Théâtre Antoine de l’entreprenant Jean-Marc Dumontet et où Stéphanie Bataille déploie sa rayonnante énergie. Un théâtre qui aura vécu une belle aventure mais a dû renoncer aux dix représentations publiques prévues. Vraiment dommage. Mais ce soir, mardi 29 décembre, tous sur France 2 à 21h00 !

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