Sollicités par l’entreprenante Antonine Fulla, directrice de la programmation culturelle et des auditoriums de l’institution, le comédien, chanteur, écrivain, chroniqueur, propose, dans le cadre de l’exposition L’Art est dans la rue un florilège de chansons d’époque et de nouvelles créations.
Devant un auditorium comble, conservateurs et personnels du musée, amis des artistes, journalistes, fine et frêle, Antonine Fulla présente cette première soirée et l’ensemble de la programmation qui accompagne l’exposition L’Art est dans la rue. Elle salue les commissaires, elle cite ceux dont on découvrira, jusqu’en juin, les propositions, et lance cette soirée particulière, générale d’un spectacle intitulé Ce qu’a vu le pavé. François Morel et son essentiel Antoine Sahler, sont là. « C’est chouette ! » dit la jeune directrice, reprenant un mot de ces années-là, 1848-1914, montée en force des affiches en couleurs.
Il ne s’agit en rien d’un spectacle de circonstance, d’un petit divertissement amusé et amusant, d’une récréation. François Morel et Antoine Sahler ont travaillé. Comme ils le disent, c’est le plaisir qui les gouverne, la camaraderie. « Tiens, si on écrivait une chanson ? » et hop, c’est parti.
Cela donne un récital très original car les textes et airs des années dont parle l’exposition, sont éclairées de chansons neuves, concoctées par les deux amis.
Le spectacle lui-même, mis en scène par François Morel, est enrichi de projections, images, vidéos, extraits de films. Tout ici est très travaillé. Très bien construit, très bien mené, très bien rythmé.
François Morel chante et joue, Antoine Sahler se tient pour la plupart du temps au piano, mais joue aussi trompette et accordéon. Trois musiciens les accompagnent : la blonde Muriel Gastebois est aux percussions. Elle chante, parfois, et à ravir. Au violoncelle, Amos Mâh, prend parfois sa guitare, et lui aussi chante. Au cœur du plateau, Thibaud Defever, guitare et banjo, interprète, seul, au centre, une des plus belles des chansons de langue française, à notre cœur : Les Petits pavés de Maurice Vaucaire (père de Michel, beau-père de Cora) et Paul Delmet. Une manière sobre, sombre et lumineuse à la fois de donner corps à ce poème tragique. Une projection rabat le poème dans le féminicide et c’est un peu dommage. Il y a d’autres paroles, d’autres inspirations, d’autres libertés dans le répertoire de ces années-là, plus violentes et vulgaires. Les Petits pavés sont d’abord une immense chanson.
Pour le reste, tout est idéal. Juliette et sa voix si tendre et puissante, au sommet des émotions, sans jamais oublier d’être drôle et ses deux camarades de plateau, la délicieuse Lucrère Sassella et la fée Judith Chemla. Vraies partenaires, des sœurs en talent et en audace, en fantaisie. Et voix merveilleuses…
On pourrait en dire beaucoup plus. Mais non : il faut courir à Orsay
Musée d’Orsay, de ce soir, 3 avril, au 5, à 20h et le dimanche 6 avril à 16h. Ne pas oublier « les jeudis en musique », à 19h et 20h vous pourrez retrouver François Morel et ses amis. Renseignements au www.musee-orsay.fr
Un catalogue très illustré est publié en marge de l’exposition.
Liste des chansons :
Le Lézard (A. Bruant)
Si les tableaux pouvaient parler (F. Morel / A. Sahler)
J’m’appelle Bruant (F. Morel / A. Sahler)
Récidiviste (A. Bruant)
Jeune fille du caboulot (C. Cros / A. Sahler)
L’absinthe hygiénique (M. De St Leu / A. Sahler)
Chez les barbouilleurs – les affiches en couleur (texte F. Fénéon)
La colle au pinceau (F. Blanche – M. Cab / P. Philippe – G. Lafarge)
Apaches (extraits de presse / A. Sahler / NTM)
Les petits pavés (M. Vaucaire / P. Delmet)
Quand on vous aime comme ça (Y. Guilbert)
Marie-Madeleine (F. Morel / A. Sahler)
C’est plus toi l’patron – le cancan (A. Sahler)
On m’oubliera – la Goulue (A. Sahler)
L’amour en pointillé (P. Philippe / J. Noureddine)
J’suis pétomane (A. Sahler)
Bruant Ballade (A. Bruant, compilation de textes sur Paris)
A la Défense (Y. Le Nagard)
Le couteau (T. Botrel)
Un monsieur me suit dans la rue (J.P. Le Chanois / J. Besse)
Mon cœur est à la rue (F. Morel / A. Sahler)
Qu’est-tu devenu Valentin ? (F. Morel / A. Sahler)
Sur l’boulevard (A. Bruant)
Référence d’un film
« La Danse des apaches »,
film réalisé par Gaston Velle, 1904.
Production Pathé frères © Fondation Jérôme Seydoux-Pathé