Deux pièces d’une heure, différentes, mais très touchantes.

Du côté des catacombes de Palerme… Photographie DR. Daniela Gusmano.

Le public d’Avignon aime beaucoup Emma Dante et se bouscule au gymnase du lycée Mistral pour l’applaudir. Misericordia date de janvier 2020. La création a eu lieu au Piccolo Teatro de Milan. C’est une première en France.

Une forme très dépouillée et simple. L’artiste raconte combien l’adoption d’un enfant, il y a quatre ans, l’a conduite à observer le monde autrement. On vous laisse découvrir les circonstances exactes dans la feuille de salle de Misericordia. C’est très frappant, très touchant.

Elle aime la miséricorde en laquelle elle entend misère et cœur. Elle en appelle à la miséricorde pour cette étrange constellation : trois femmes et un jeune homme, Simone Zambelli qui est Arturo, qui ne parle pas mais s’exprime avec son corps, sans cesse. Il ne dira qu’un mot, tandis que les trois femmes, en dialecte des Pouilles et de Sicile, elles, disposent des mots et s’en servent parfois comme des armes.

Tout n’est pas surtitré, et peu importe, car c’est le flux, des débits, les changements de régime qui comptent ici. L’émotion l’emporte et ouvre à la compréhension. Simone Zambelli, long et maigrichon, est bouleversant dans ses pas, ses tours et détours, sa grâce très particulière.

L’autre volet, une heure également, Pupo di zucchero/La Festa dei morti est une création. La première a eu lieu au Teatro Grande de Pompéi, le 8 juillet.

Une dizaine de comédiens, un dialecte napolitain surtitré, et une référence au Conte des contes de Giambattista Basile. Le hasard veut qu’à Paris, à la Comédie-Italienne, Attilio Magguili, s’inspire du même auteur, pour son très joli spectacle qui évoque le Guépard, spectacle actuellement à l’affiche.

Le titre définit le propos : la fête des morts et ces poupées de sucre, que dans le sud de l’Italie et en Sicile, on fait pour l’occasion, les parant de bijoux de pacotille, les faisant les plus belles possibles. Une cérémonie qui en appelle à la mémoire. Sur le plateau, les morts se croisent, toutes générations confondues, tandis qu’un très vieil homme prépare sa poupée…

Scènes de groupe, scènes de solitude, chorégraphies, transformations, tout ici est aussi grave que léger, aussi touchant que drôle parfois.

Deux pièces où se déploie l’art, épuré, tendre, d’une femme qui semble avoir trouvé une manière apaisée, mais puissante, de nous parler, de nous éveiller aux beautés comme aux cruautés du monde, de la vie. Un charme nous enveloppe, nous grise.

Gymnase du lycée Mistral, jusqu’au 23 juillet. A 15h00 et 19h00. Le 21 juillet à Utopia-Manutention, projection à 11h00 de Le Sorelle Macaluso, suivie d’une rencontre avec Emma Dante et projection de Palerme, à 14h00.

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