Interprète fine et ravissante passée par la Comédie-Française, elle dirigeait depuis près de quarante ans le théâtre Montparnasse. Elle s’est éteinte hier.

Une beauté radieuse, une présence pleine de charme, et une femme très intelligente, volontaire, audacieuse.

Myriam Feune de Colombi s’est éteinte hier, au matin du mercredi 21 avril. Formée au conservatoire, pensionnaire du Français, elle avait abandonné son métier de comédienne pour diriger, il y a près de quarante ans, le Théâtre Montparnasse.

Elle était née en Normandie, le 23 février 1940. Il y a une vingtaine d’années, digne et très courageuse, elle s’était longtemps battue contre un cancer très féroce. Elle était crâne, et on ne l’entendit jamais se plaindre.

Son époux, industriel très cultivé et brillant, Jean-Louis Vilgrain, avait repris le théâtre en 1984. Myriam de Colombi le dirigea dès lors avec Jérôme Hullot, qui était le directeur qu’avait choisi Lars Schmidt, producteur et époux d’Ingrid Bergman, lorsqu’il avait racheté cette salle en 1965. Depuis de nombreuses années, Bertrand Thamin co-dirigeait le théâtre, les deux salles, avec Myriam de Colombi.

Comédienne, elle excellait dans les rôles classiques, merveilleuse chez Marivaux, irrésistible chez Feydeau

Dans la grande salle du théâtre Montparnasse où elle monta tant de productions audacieuses, Myriam Feune de Colombi. Une photographie de Pascal Victor. DR.

Au Français, engagée en 1960, à sa sortie du Conservatoire, où elle a eu comme maîtres Henri Rollan et Fernand Ledoux, elle a, comme le veut l’époque, un « emploi ». C’est une jeune première idéale, avec ses traits fins, son teint clair, sa voix harmonieuse. Elle enchaîne les rôles sous la direction de Maurice Escande, Jacques Charon. Bourdet, Vigny, Feydeau, Marivaux, bien sûr et également Rostand. Mais elle incarne aussi les personnage de Georges Bernanos dans Le Dialogue des Carmélites, sous la direction de Marcelle Tassencourt, dès 1961. Elle a à peine plus de vingt ans. Plus tard, elle est également remarquable dans Le Songe d’August Strindberg sous le regard de Raymond Rouleau.

Elle aime aussi les humeurs déliées de Jean Giraudoux (La Guerre de Troie  n’aura pas lieu, sous la direction de Jean Darnel), Corneille dans l’alacrité (Le Menteur avec Jacques Charon) et son cher Molière, de l’Avare à l’Impromptu de Versailles, en passant par le Misanthrope. Elle est une Célimène idéale.

Dès les années soixante, elle participe, avec ses camarades, à nombre de « dramatiques » mémorables et joue également, en direct de la grande salle de Marigny, à quelques numéros de « Au Théâtre ce soir ». On peut visionner ces pièces disponibles en DVD ou certaines par l’INA et son service « madelen ».

Au cinéma, elle aurait pu faire carrière si le théâtre ne l’avait pas tant occupée. On peut la découvrir, ravissante, en très jolie fille des années soixante-soixante-dix, auprès de Jean-Paul Belmondo dans Le Casse d’Henri Verneuil, qui date de 1971. En bikini, au bord de la piscine, elle est parfaite, charmeuse, mutine, redoutable. Elle s’amuse !

Mais c’est à partir de 1984 que Myriam de Colombi va prendre son essor de très grande directrice. Jérôme Hullot a fait ouvrir le Petit Montparnasse, à l’arrière de la grande salle où ont régné de très grands noms, Gaston Baty, notamment, Marguerite Jamois. Les deux salles vont devenir des lieux de création, d’audace, de révélations d’auteurs et d’interprètes.

Chaque été, elle descend jusqu’à Villeneuv-lez-Avignon où elle accueille amis et écrivains dans une maison à l’Italienne. Et chaque joue, elle est dans le « off », à la découverte de jeunes talents, à la recherche des spectacles qui mériteraient d’être repris. Le soir, est est dans les salles du « in ».

Ces étés studieux font d’elle la meilleure connaisseuse du théâtre qui soit. Cela étaye son audace et l’on ne peut qu’être admiratif devant les risques qu’elle a pu prendre en allant vers des textes difficiles : Copenhague, par exemple avec Pierre Vaneck et Niels Arestrup, ou bien, il y a deux ans, le remarquable Rouge avec Niels Arestrup encore et le jeune Alexis Moncorgé.

Au Petit Montparnasse, cependant, ce sont les jeunes de Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? qui s’épanouissaient. Mais on n’oublie pas avoir applaudi sur cette scène, un camarade de la Comédie-Française, Jacques Sereys dans ses fabuleuses traversées de l’oeuvre de Marcel Proust.

La plupart des comédiens ont joué chez Myriam : Fabrice Luchini, Anny Duperey, Pierre Arditi, Claude Brasseur, Claude Rich, Michel Bouquet, Geneviève Casile et Ludmila Mikaël, de la Comédie-Française, Judith Magre ou encore Gérard Desarthe, Didier Sandre (avec Ludmila, Célimène et le Cardinal). François Berléand, Catherine Arditi,

L’écrivain Antoine Rault y a été révélé, éclairé. Florian Zeller, confirmé. Voyez le site du théâtre, et vous prendrez la mesure de l’extraordinaire profusion des choix, des engagements de Myriam de Colombi. Elle lisait, elle rêvait, elle osait.

Très engagée dans la défense du théâtre privé et du théâtre en général, Myriam de Colombi avait été investie de toutes ses fibres dans l’association des « molières ». Mais ce n’était pas tache facile. Avec Jean-Louis Vilgrain, elle lança aussi la « COPAT » qui permettait d’enregistrer dans de bonnes conditions, les spectacles autrement voués à s’effacer. Son amie, disparue récemment, Irène Ajer, s’en occupa de toute son énergie.

Dans son bureau, entourée d’une équipe soudée, elle lisait beaucoup, recevait les jeunes auteurs, parlait projets. Elle ne manquait jamais les représentations du soir, accueillant ses invités et le public. C’est sa voix claire à articulation précise, qui avait été enregistrée et demandait aux spectateurs de bien vouloir éteindre leurs portables…

Très élégante, elle était d’une fantaisie éclaboussante et, on l’aura constaté à toutes les étapes de sa vie, devant la nécessité de créer toujours, comme de se battre contre la maladie, d’un courage moral exceptionnel.

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