A trente-six ans, il demeure un artiste inventif et rigoureux. La reprise de « La Brèche » de Naomi Wallace au 104 donne un éclat certain à ses talents.

Se faire connaître, dans le monde du théâtre, ne va pas de soi. C’est long. Par-delà le talent, il faut des relais. Né en 1984 dans le Nord, Tommy Milliot possède une personnalité très forte et un sens des textes, de l’espace et du groupe qui sont rares, aujourd’hui, dans les générations du renouvellement.

Grandi dans les atmosphères flamandes et wallonnes de la créativité, formé notamment à l’université d’Artois puis à Nanterre Université, d’arts plastiques à dramaturgie, Tommy Milliot a fait un long séjour, fertile, du côté de Lorient, d’Eric Vigner, de Christophe Honoré. Pour dire vite. Abruptement.

Des adolescents : autrefois, naguère, aujourd’hui. Il y a quelque chose d’universel dans la pièce et dans la manière Tommy Milliot la met en scène. Photographie de Christophe Raynaud De Lage. DR.

Il a créé sa propre compagnie en 2014, Man Haast. Deux ans plus tard, il est le lauréat du prix du festival Impatience avec Lotissement de Frédéric Vossier. Récemment, il a créé en France la pièce très intéressante d’une auteure catalane jamais montée en France, Lluïsa Cunillé, Massacre. Avec des comédiens du Français. Tommy Milliot est artiste résident au 104 et y présente un spectacle qui avait remué le festival d’Avignon 2019, La Brèche.

Solitude et silence. Christophe Raynaud De Lage. DR.

La force de l’adhésion du public, aînés comme jeunes collégiens et lycéens, conduits par leurs professeurs dont on ne soulignera jamais assez le rôle déterminant –ce le fut pour Thomas Milliot- est une éclatante récompense pour le metteur en scène, son équipe artistique (lumière, son, scénographie) et ses comédiens. Le soir où nous avons vu le spectacle, de très grands garçons, des adolescents de 16 ans sans doute, avouaient : « J’ai pleuré… »

Tommy Milliot s’appuie sur l’excellente traduction de Dominique Hollier de la pièce de l’Américaine contemporaine Naomi Wallace (entrée au répertoire de la Comédie-Française avec Une puce, épargnez-la ! dans une mise en scène de Anne-Laure Liégeois, sous l’Administration de Muriel Mayette.

C’est dans le Kentucky, où elle est née en 1960, que la dramaturge situe l’action de The McAlpine Spillway, traduit en française par La Brèche. Deux périodes, 77, à peine sorti de la guerre du Vietnam, et quelques années plus tard. Quatorze années. Beaucoup, à ces âges-là…

Scénographie stricte, lumières, effets. C’est très beau en plus. Photographie de Christophe Raynaud De Lage. DR.

Un espace strict, minimal, des lumières très finement pensées, costumes, etc…tout est idéal. Saluons cette équipe d’excellence, et, évidemment les comédiens. Deux équipes si l’on peut dire. Mais tous jeunes et très bien armés : voix, présence des corps, mouvements, justesse des regards, malgré les pénombres on ressent ces regards, manières de s’exprimer. Ce sont : Lena Garrel et Aude Rouanet, Jude 77 puis 91, Dylan Maréchal, Acton qui est celui qui disparaît, le petit frère de Jude,  Roméo Mariani et Matthias Hejnar, Hoke 77 puis 91,  Edouard Sibé et Alexandre Schorderet, Frayne 77 et 91. Cela parle de l’Amérique, mais cela parle du monde, de la société, aujourd’hui. Tommy Milliot donne son ampleur universelle à la fable.

N’épiloguons pas : le plaisir est aussi dans le développement, les suspens, la succession des séquences, autrefois, maintenant, de 77 à 91. C’est l’un des meilleurs spectacles à voir en ce moment à Paris

CentQuatre, jusqu’au 17 novembre. A 20h30. Durée : 1h50. Tél : 01 53 35 50 00.

Une tournée suit : Aix/Bois de l’Aune les 17 et 18 novembre, Charleroi les 26 et 27 novembre, Comédie de Reims du 16 au 18 mars 2021.

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