Avec la compagnie qu’il a fondée, Le Royal Velours, il recompose en un feuilleton de six épisodes, l’actualité française depuis septembre 2016. Des croquis, des analyses, de la férocité, une joyeuse énergie et un sens profond du théâtre et de ses possibilités.

Le point numéro 1 du contrat qu’Hugues Duchêne propose aux spectateurs de son feuilleton politique sur la France est ainsi formulé : « Je m’en vais mais l’Etat demeure  est une pièce de théâtre dont l’histoire débute en septembre 2016 et se termine à la date du jour où le spectacle est joué devant les spectateurs. »

Un contrat strictement observé si l’on en croit les derniers épisodes de ce long fleuve non tranquille. L’épisode 6 est pour l’essentiel consacré à cette année d’élection présidentielle, avec en particulier, un gros plan sur le parcours du candidat Zemmour. On imagine donc Hugues Duchêne et ses comédiens très impliqués, au travail actuellement, pour ajouter les scènes de l’anéantissement du phénomène, lors du premier tour des élections législatives, à Cogolin !

Nous serons conduits à reparler de ce travail au long cours entamé il y a pas mal de temps et dont on avait aperçu le dessein au Train Bleu d’Avignon il y a cinq ans et, un peu plus tard, en décembre 2019, dans le cadre d’Impatience au 104.

Trois filles –mais qui jouent aussi les hommes, à commencer justement par Zemmour ou Jean-Michel Ribes- cinq garçons dont le « patron », le chef de troupe, le capitaine qui fracasse tout, Hugues Duchêne. Saluons Vanessa Bile-Audouard, Juliette Damy, Marianna Granci, Théo Comby-Lemaître, Robin Goupil (en alternance avec Gabriel Tur), Laurent Robert, Gabriel Tur. Et puis leurs camarades assistants à la mise en scène, Victor Guillemot, Pierre Martin, vidéaste.

Une bonne bande, pas de doute. Cela va vite, c’est féroce. Peu d’éléments de décor, et du jeu. Du jus ! La forme est évidemment contraignante : il faut aller rapidement, avoir des points de vue, les assumer, tout en étant assez impartial. Disons-le, plus on est près du présent, plus Je m’en vais mais l’Etat demeure nous paraît pertinent. On déguste les piques, la manière de mettre en scène, littéralement, les événements. La jeunesse de cette troupe lui donne même le droit d’être hâtive et de formuler des « vérités » à l’emporte-pièce, si l’on peut dire, qui nous font rire, même lorsque l’on n’est pas d’accord ! Un spectacle qui bouscule et réveille, et qui est, en même temps, une célébration sincère et amoureuse du théâtre.

Ils sont passés par l’Académie de la Comédie-Française. Ils ont déjà du métier. Mais nulle arrogance dérangeante. Ils se prennent pour un groupe doué, et ils ont raison.

Hugues Duchêne aime faire de l’immersion. Être pris pour qui il n’est pas. En l’occurrence, pour s’en tenir à ses derniers exploits, se rapprocher, comme un vrai-faux photographe de presse, du pouvoir et pénétrer des cercles très surveillés. Il aime séduire. Gare à se laisser séduire ! Avec sa haute silhouette, il domine facilement des petits mondes des adorateurs de Macron ou de Zemmour !

Les comédiens excellent à passer d’une humeur à l’autre, d’un costume à l’autre, d’une composition à l’autre. Ils ont du talent. Mais Hugues Duchêne, au cœur de cette deuxième partie, épisode 5, impose une personnalité forte, très plastique, très originale. C’est lui, en fait, de par sa seule et haute ambition, qui donne son sens et sa profonde légitimité à cette mise en œuvre d’un théâtre qui s’adresse à tous et accomplit sa belle mission : éclairer et divertir.

Théâtre 13-Glacière, jusqu’au 26 juin. Du mardi au vendredi à 20h00. Chaque épisode dure environ 1h10. Mardi et jeudi, première partie (1, 2, 3), mercredis et vendredis, deuxième partie (4,5,6). En intégrale les samedis et dimanches à partir de 15h00. Durée : 8h00 entractes compris.

Tél : 01 45 88 16 30.

www.theatre13.com

Autres dates : 2 juillet, Festival Malaze, Annecy (74)

27 août, Festival Pampas, Sainte-Foix-la-Grande (33)

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