Quinze ans après la création de « L’Oral et Hardi », ce féru de poésie reprend cette « allocution poétique » sur des textes de Jean-Pierre Verheggen, écrivain d’une effervescence grisante.

Il surgit par la salle. Très chic, genre costume et cravate. Il surgit par la salle et n’ose pas monter sur le plateau. Il ne se sent pas légitime. Il parle. Vite. Très vite. On le retrouve plus jeune que jamais. Mince et vif, comme un danseur. L’Oral et Hardi avait été créé en 2007 à la Maison de la Poésie. Le verbe qui nous bouscule tant et nous enchante, nous saoule, peut-il avoir exactement le même sens que lors de son irruption sur la scène ? Oui et non.

Un portrait du maître. Photographie DR.

Belge, né en juin 1942, Jean-Pierre Verheggen ne peut être circonscrit en quelques mots. Il renverse tout. Il secoue le vocabulaire, la syntaxe. Il s’amuse. Il est très savant, mais ignore tout niveau de langue. Il sait que ses richesses sont partout, dans les sociétés savantes comme dans la rue, dans la norme comme dans sa subversion, dans ce que l’on comprend, et dans ce qui est plus difficile à saisir.

Et lui, il se joue de tout cela. Il laisse jouer les mots. Il leur lâche la bride.

Il faut le lire, l’entendre pour prendre la mesure de sa folle imagination et de cette manière unique qu’il a de faire proliférer les sons, les sens.

S’emparant de ce flot impétueux, qui trouve le cadre de publications nombreuses, Jacques Bonnaffé, en fait un spectacle. En fait une histoire. Rien n’est gratuit même si tout est ludique chez Verheggen. Si parfois on est largué, la présence magnifique du grand comédien inventeur, et inventeur de langue, nous permet de comprendre instinctivement et dans la jubilation.

Le public rit beaucoup. Déguste avec gourmandise ce moment tonique qui ne laisse personne à la porte. Les jeunes adorent ! La grâce du danseur de corde, qui va et vient, insoucieux des déséquilibres, long chat souple au fin sourire. Clown au regard candide qui bientôt ira jusqu’au cher accent de Cafougnette.

On ne fera pas ici de savante analyse. Le choix des textes, leur succession, la manière dont ils se répondent, se laisse apercevoir clairement. Mais commenter serait alourdir le propos. Or, Verheggen comme Bonnaffé aiment la vitesse. Deux étoiles filantes. Le poète belge n’est pas là, mais on a le sentiment qu’il n’est pas loin. Attention, rien de religieux évidemment, dans l’admiration forcenée que l’on peut avoir pour l’écrivain. Mais lorsque Jacques Bonnaffé « joue », se joue, joue avec le public, jongle, virtuose extraordinaire, on croit entendre et voir celui qui est la source de ce déferlement joyeux. A peine quitte-t-on la Bastille, que l’on voudrait que Jacques Bonnaffé recommence !

Théâtre de la Bastille, à 20h00, jusqu’au 24 juin. Relâche le dimanche. Durée : 1h20. Tél : 01 43 57 42 14. www.theatredelabastille.com

Signalons la parution d’un nouvel ouvrage de Jean-Marie Hordé, directeur du Théâtre de la Bastille depuis 1989. « Au cœur du théâtre », Les Solitaires intempestifs, 14€. Nous en reparlerons.

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