Entourée de trois excellents musiciens, elle reprend le spectacle très touchant dans lequel elle rend hommage à sa mère, en chantant Oum Kalsoum.

Al Atlal signifie Les Ruines. C’est un long poème d’Ibrahim Nagi chanté par Oum Kalsoum. Un jour, Wajdi Mouawad a proposé à Norah Krief d’en chanter une partie.

On connaît la comédienne vive et sensible, capable d’être bouleversante dans le registre tragique et irrésistible dans le comique. On connaît aussi la chanteuse puissante qui fit des Sonnets de Shakespeare un inoubliable concert.

Lorsqu’elle s’est plongée dans le poème, elle a pensé à sa mère. Elle aimait Oum Kalsoum. Elle était née en Tunisie. Dans une famille de culture juive. On parlait arabe, alors. Lorsqu’il fallut revenir en France, les Krief s’installèrent à Wissous dans la banlieue parisienne. Dans le jardin, sa maman préparait le café à la turque et par les fenêtres grandes ouvertes, on entendait Oum Kalsoum.

Une fée et ses trois musiciens. Photographie de Jean-Louis Fernandez. DR

Les voisins n’étaient pas forcément conquis. En plus, chez les Krief, on  ne met pas de voilages aux fenêtres.

Norah raconte. Se raconte. Joies et chagrins. Humiliations scolaires violentes de la part d’une enseignante particulièrement odieuse. Mais la vie va.

Avec Frédéric Fresson, elle a composé le fil du spectacle, les textes, la dramaturgie. C’est doux et fluide. Un rideau de fils ferme le plateau. Trois musiciens l’accompagnent. Trois artistes aux chemins singuliers. Lucien Zerrad et Mohanad Aljaramani, venu de Syrie, sans oublier Frédéric Fresson qui est pianiste et compositeur et avec qui Norah Krief avait monté Les Sonnets de Shakespeare. Il est rompu à l’art d’autres instruments, comme ses camarades : Mohanad Aljaramani est un percussionniste virtuose et très familier du oud, formé à Damas, sachant tout de la musique classique comme de la musique orientale. C’est un maître doux. Lucien Zerrad, lui, sait jouer les instruments d’Orient et mêler les influences.

Les traductions des poèmes sont projetées sur le rideau de fil. Photographie de Jean-Louis Fernandez. DR.

A un moment du spectacle, chacun donne quelques mots de sa vie. On vous les laisse découvrir. C’est doux, tendre, c’est un moment de partage et d’émotion.

N’en disons pas plus car il faut découvrir et se laisser envahir par les émotions. Norah Krief est une grande artiste. Ardente et fine. Une fille du feu, on l’a déjà écrit, merveilleusement profonde et généreuse. Un très beau moment de musique, de grâce, de sentiments puissants.

Théâtre de la Colline, salle du haut. A 19h00 du lundi au samedi. Durée : 1h10.

www.colline.fr

A la MC93 Bobigny du 24 septembre au 2 octobre.

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