Il s’est éteint hier après plus de trente-cinq années consacrées au cinéma, à la télévision et au théâtre, son royaume. Aussi talentueux que discret.

Il disparaît au lendemain même de son cinquante-sixième anniversaire, vaincu par un cancer. Il aurait eu de beaux rôles encore. On n’a jamais oublié les premiers pas de ce jeune homme fin et délié, un jeune premier idéal, athlétique et délicat. C’était au Théâtre de la Renaissance, en 1987. C’est Stuart Seide, aussi bon professeur que metteur en scène, qui avait pensé à lui, élève de l’ENSATT (Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre), encore située rue Blanche et aujourd’hui sise à Lyon.

Le jeune Pierre Cassignard avait un très joli rôle dans Un jardin en désordre de l’Anglais Alain Ayckbourn, traduit par Jean-Claude Carrière : dans un décor de pelouse verte, il partageait l’affiche avec de grands comédiens, tels Henri Garcin, Jean-Pierre Moulin, Josiane Lévêque. Il était le fils de Delphine Seyrig, la merveilleuse. Ce fut d’ailleurs le dernier rôle au théâtre de la belle marraine de Peau d’âne. Trois ans plus tard, elle s’éteignait, emportée par un cancer, à 58 ans à peine.

Un brillant jeune premier devenu un interprète à la belle profondeur de jeu. Photo : DR.

Mais c’est évidemment avec Les Jumeaux vénitiens de Goldoni qu’éclata tout son talent. Gildas Bourdet, qui dirigeait alors le Théâtre de la Criée, à Marseille, avait repéré ce vif-argent. Dans le rôle double, Pierre Cassignard faisait merveille. Le spectacle fut repris dans des salles parisiennes privées. Le jeune homme obtint le « molière » du meilleur comédien et devint le grand espoir de l’art dramatique, enchaînant ensuite les engagements. De Bel ami, adaptation de Maupassant par Pierre Laville, mise en scène de Didier Long, jusqu’à cet autre Goldoni, La Locandiera, avec Cristiana Reali dans le rôle-titre et lui en Chevalier rétif aux séductions. C’était délicieux, en 2005 à Antoine.

Chaque année, il était engagé dans de nouvelles productions et on ne l’oublie pas non plus dans C’est encore mieux l’après-midi, de Ray Cooney à la sauce poivrée Poiret. Ensuite il fut un peu éloigné des scènes parisiennes, jouant en tournée avant de revenir pour Un grand cri d’amour de Josiane Balasko, il y a deux ans.

Pierre Cassignard mériterait d’être cité dans tous les rôles si différents qu’il a tenus, de Durringer à Tchekhov, Corneille ou Feydeau, Pinter comme André Roussin avec Michel Fau.

Au cinéma, à la télévision, il a suivi de beaux parcours, et il aura tourné jusqu’à ces derniers mois.

 Il racontait qu’ayant assisté, adolescent, à un récital d’Yves Montand, il avait été saisi du désir de devenir comédien. Il y a trois ans, il avait lui-même proposé un hommage au roi du Music-Hall, chantant accompagné d’un ami pianiste.

Pierre Cassignard était un artiste accompli, mais discret jusqu’à une profonde réserve parfois. Il se méfiait des grandes déclarations tapageuses. Fidèle en amitié, et l’on pense à Michèle Bernier qui a annoncé sa mort, à Cristiana Reali, à tous ses proches, il aura servi les grands auteurs graves et ceux du divertissement, soucieux de faire partager son amour indéfectible de la littérature et de l’art dramatique. Un homme de partage, pudique et courageux.

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