Auteure, metteuse en scène, la jeune artiste déploie de vraies qualités dans « Pour autrui » qui raconte au long cours le parcours d’un couple pour avoir un enfant. Mais la pièce mériterait d’être réduite.

Le désir d’enfant est un thème qui réunit cette saison deux spectacles très différents, mais que l’on aurait pu traiter ensemble, malgré leurs différences profondes : Maman de Samuel Benchetrit, dont nous avons parlé dans ces colonnes il y a quelques jours. Et Pour autrui de Pauline Bureau.

Auteure et metteuse en scène, elle s’appuie sur une production cossue –d’ailleurs une très longue tournée est programmée en 2021-2022- et, comme elle le fait, une écriture « longue ». Pauline Bureau aurait gagné ici à supprimer des scènes, au début et à la fin de son spectacle. On comprend, évidemment, qu’elle prenne du temps pour « exposer » son propos. Elle aime ses personnages, elle imagine leurs destins. Mais en fait, les scènes de l’aéroport de Francfort, la rencontre, le voyage nocturne en voiture, n’apportent rien au propos. Ils sont très bien réglés et on n’empêchera pas l’artiste très attachante qu’est Pauline Bureau, d’avoir envie de tout détailler…

Faire court, c’est très difficile, en littérature comme en dramaturgie ! Reconnaissons d’ailleurs que l’on entre avec plaisir dans ce développement romanesque. Ce qui est plus discutable, c’est la fin. La parole de l’étrange enfant, la manière dont elle est incarnée. On a vaguement le sentiment d’un parallèle entre les marionnettes du père et l’enfant, mais c’est obscur et le dénouement serait plus fort s’il intervenait lors de la scène où tous les personnages se retrouvent de dos…Plus beau, plus puissant. Suspendu.

Mais ce sont broutilles eu égard à la maîtrise dont fait preuve Pauline Bureau. On ira vite ici pour louer le principe de la scénographie, avec ses changements à la Robert Lepage. C’est Emmanuelle Roy qui signe également les accessoires. Lumières, costumes, vidéo, marionnettes, sons, musiques, l’équipe artistique est remarquable et tout est magistralement orchestré.

Une distribution ample, des scènes bien cadrées, mais des échanges qui manquent un peu de nerf. C’est une écriture un peu plate, sage. Du quotidien quand les personnages pourraient être hissés à la hauteur de mythologies d’aujourd’hui, comme le font ses aînés (et sans doute inspirateurs nourriciers), Wajdi Mouawad et Robert Lepage.

Chacun défend son parcours avec sensibilité. On ne vexera personne en louant la force, l’intelligence, de la grande Martine Chevallier en chirurgienne décidée et en mère envahissante. Elle est irrésistible.

Autre superbe incarnation, celle de l’héroïne, la femme qui végétalise les bâtiments, belle métaphore, Liz, Marie Nicolle, magnifque.

Un travail intéressant, maîtrisé, qui confirme les talents nombreux de Pauline Bureau.

La Colline, Grand Théâtre, jusqu’au 17 octobre. 2h30 sans entracte. A 19h30 le mardi, 20h30 du mercredi au samedi, 15h30 le dimanche. www.colline.fr

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