La comédienne, metteuse en scène, professeure, donne une sourde force lyrique à un texte dérangeant de Roberto Bolano.

Avec sa chevelure opulente, sa silhouette déliée, mais aussi la fermeté de sa présence, son regard ardent, sa voix mélodieuse, Julie Recoing séduit profondément. Elle est, depuis des années, une personnalité attachante, originale, un esprit audacieux. Une très belle artiste.

Seule en scène, derrière un micro sur pied qui dissimule en partie son visage harmonieux, elle fait sienne une parole très dérangeante, une histoire troublante signée de l’auteur chilien disparu Roberto Bolano, l’auteur de 2666.

Publié en 2001, traduit en France pour Christian Bourgois par Robert Amutio, Des putains meutrières est un recueil de treize nouvelles, toutes âpres et toutes reliées à la réalité politique, sociale, culturelle du Chili, le pays que Roberto Bolano dut quitter. Pays où il tenta de revenir, mais où il fut emprisonné avant de s’installer en Catalogne. Il mourut tôt, en juillet 2003, usé par un cancer et une greffe impossible.

Tout un travail iconographique accompagne la représentation. Photographie Pauline Le Goff. DR

En note de la notice de création du spectacle, une mention de la nouvelle édition du texte, dans le cadre des Œuvres Complètes de l’écrivain, à l’Olivier. Même traducteur, qui a travaillé sur cet ensemble énorme avec Jean-Marie Saint-Lu. Mais le nom de Robert Amutio n’est pas cité. Ce qui est dommage, même si l’on imagine que la conceptrice de la version théâtrale a apporté des modifications au texte.

Les treize nouvelles sont saisissantes. Fascinée par l’un des textes de Des putains meurtrières, Julie Recoing s’est entourée d’une équipe artistique puissante : musique, scénographie, lumière, vidéo, tout est très pensé et nourri de talents nombreux. Julie Recoing a choisi, à nos yeux, le texte le plus violent de l’ensemble et celui qui lui permet de prendre la parole, même s’il y a un autre personnage, Max, un homme choisi au hasard, ou presque, et destiné à devenir le sacrifié, celui qui paie pour les autres. On peut considérer que cette femme est folle. Complètement cinglée.

Autre point de vue. Pauline Le Goff. DR.

Mais la force de Julie Recoing, sa manière de saisir l’auditoire, comme une rock star, efface toute réserve. Un coup de poing. Un caillou poétique et très noir. Du théâtre.

Les Plateaux Sauvages, à 20h00 de lundi 11 à jeudi 14. Durée : 1h00. Réservations : lesplateauxsauvages.fr

 Pour lire Roberto Bolano, chez Christian Bourgois et à L’Olivier.

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